ATT ignore les préoccupations des Maliens dans son discours à la Nation
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Nos compatriotes qui attendaient avec grand intérêt le discours de nouvel an du président de la République sont certainement restés, dans leur grande majorité, sur leur faim. En effet, dans son message à la Nation, à la veille du nouvel an 2011, ATT fait l'impasse totale sur les grands sujets d'actualité tels, par exemple, la lutte contre la corruption qui a atteint des proportions inquiétantes dans notre pays, le chômage rampant des jeunes qui font également face aux fléaux du tabagisme, de la drogue et de l'alcool, le référendum constitutionnel annoncé avec grand fracas, en avril 2010, par le président ATT lui-même comme devant se tenir " le dernier trimestre 2010 " et la sempiternelle crise ivoirienne où le Mali peine à afficher publiquement sa position vis-à-vis notamment du président sortant Laurent Gbagbo. Rien de tout cela. Un discours qui a été focalisé sur les infrastructures réalisées en 2010, donc déjà connues de tous, et du projet de découpage territorial qui va, naturellement, faire couler beaucoup d'encre et de salive.
Sacrifiant à la tradition, le président de la République s'est adressé à la Nation, le 31 décembre à 20 heures, dans un long discours qui a fait, en quelque sorte, le bilan de l'année qui s'achève, en termes principalement de réalisations socio-économiques, de manifestations socioculturelles qui ont meublé le cinquantenaire de l'indépendance de notre pays. C'est pourquoi, le président ATT, à l'entame de son message, a tenu d'abord à adresser ses " très vives félicitations à l'ensemble du peuple du Mali qui, dans sa sérénité et dans la foi, a jeté un regard constructif sur son glorieux passé. Nous exprimons, par la même occasion, notre reconnaissance et notre profonde gratitude aux Amis du Mali qui se sont associés à l'événement et ont contribué à son succès ".
Pour ATT "l'année du cinquantenaire, en se refermant, présentera à notre peuple une nouvelle page, où il doit inscrire de nouvelles actions toujours orientées vers le progrès social et économique de toutes les composantes de la nation malienne ". Mais avant d'évoquer l'année 2011, le président de la République a jeté un regard sur l'année qui vient de s'achever. Dans un contexte, comme le soulignera ATT, où nos besoins sont immenses et les priorités se talonnant, l'année 2010, dira le président, a été le temps de l'achèvement, de la poursuite, de l'ouverture de chantiers, des orientations stratégiques axées sur le développement des infrastructures et du secteur productif, sur la consolidation des reformes institutionnelles et sur le renforcement du secteur social.
Les priorités se bousculent
Au chapitre du désenclavement intérieur du pays, qui reste pour le président une priorité forte de l'action de l'Etat, l'année 2010 a été marquée par notamment : la poursuite des travaux de construction ou la réhabilitation des routes Sékoto-Bafing, Bafing-Falémé, Bamako-Kangaba, Kayes-Diamou-Sélinkégny-Bafoulabé, avec un pont à Bafoulabé, Bandiagara-Ouo, Ouo-Bankass-Koro, Niono-Goma-Coura, Bougouni-Koualé et Koualé-Sikasso ; l'achèvement des travaux de construction de l'échangeur multiple dans le District de Bamako, des 5 km de voirie de Gao, San, Koutiala et Bandiagara ; Koulikoro est en instance de démarrage ; le lancement des travaux de construction de l'autoroute Bamako-Ségou, pour plus de 180 milliards de francs CFA ; le lancement de travaux de bitumage de la route N'Goma coura-Tombouctou, pour un montant 128 milliards de francs CFA. Le président ATT soulignera également que ces " actions de promotion et de développement des infrastructures se poursuivront et s'intensifieront en 2011 par le lancement notamment des travaux de construction des routes Bourem-Kidal (298 km), Gao-Bourem-Taoussa (132 km) et Sikasso-Zégoua (95 km). La route Macina-Tenenkou est inscrite parmi les projets d'infrastructures prioritaires ".
Compte tenu de la dégradation rapide de nos nouvelles routes, le président de la République a saisi l'occasion de son message à la nation pour " pour inviter le Gouvernement à faire appliquer de bonnes pratiques, visant à protéger le patrimoine routier, à travers notamment le respect de la charge à l'essieu ".
Parlant du secteur de l'énergie, le Président ATT a souligné la place de choix qu'il occupe dans la stratégie de développement de notre pays. Aussi, dira-t-il que " de façon globale, les projets initiés et poursuivis dans le secteur de l'énergie dépassent 750 milliards de FCFA, et se chiffrent à près de 400 milliards de FCFA dans celui de l'eau. Ces résultats doivent être confortés en 2011. L'inauguration de la Centrale électrique de la SOPAM à Sirakoro et celle de Balingué augmente la capacité de notre réseau de 100 mégawatts. Le projet de la ligne haute tension (63 kV) entre Ségou et Niono via Markala, financé par la BOAD (pour 11 milliards de FCFA), permettra le prolongement du réseau interconnecté jusque dans la zone de l'Office du Niger.
Les travaux de réalisation du projet hydroélectrique de Félou sur le fleuve Sénégal, dans le cadre de l'OMVS se poursuivront en 2011, ainsi que ceux de l'interconnexion Côte d'Ivoire-Mali. Lancés le 06 février 2010, les travaux du Barrage de Taoussa portent sur la réalisation d'une centrale hydro-électrique de 25 MW de puissance installée, l'irrigation d'une superficie de 139.000 ha et la construction de 130 km de route. L'éclairage public des villes et d'électrification rurale se poursuivront et s'étendront en 2011 à d'autres localités et contrées ".
L'agriculture constitue, a tenu à réaffirmer le président de la République, un des socles de notre stratégie de croissance accélérée.
Des domaines tels l'éducation, l'industrie et les mines, l'électricité, l'ambitieux programme de réalisation de logements sociaux, l'amélioration continue de notre système de santé ont été également évoqués dans le discours présidentiel.
Dans le domaine de la communication, ATT dira également que "l'accès de nos populations aux moyens modernes de communication, se poursuit à un rythme très soutenu. Notre pays compte aujourd'hui 7 millions de lignes de téléphone mobile contre 170 000 lignes en 2002, grâce aux efforts des deux opérateurs Sotelma/Malitel et Orange Mali. La couverture TV/FM continue de s'étendre. 15 nouvelles localités seront bientôt dotées du signal. 25 autres le seront avant fin 2012 ".
Pour ATT, l'une "des réformes les plus ambitieuses à mener par notre administration, reste celle du découpage administratif du territoire dans le souci d'une meilleure gouvernance du pays".
Le découpage administratif en ligne de mire
C'est pourquoi le président de la République, après des études et consultations conduites à sa demande, a retenu une option et une démarche propose compte : 01 District,
19 Régions au lieu de 8 actuellement,
78 cercles à la place des 49 cercles que compte notre pays et 348 Arrondissements à la place des 285 existants.
S'agissant des régions, le découpage de l'ancienne région de Kayes comprendra : la région de Kayes,
la région de Nioro du Sahel et la région de Kita.
Koulikoro sera subdivisée en trois régions : la région de Koulikoro, la région de Dioila et la Région de Nara. L'actuelle région de Sikasso donnera naissance à la Région se Sikasso, la région de Koutiala et la région de Bougouni. L'actuelle région de Ségou comprendra la région de Ségou et la région de San. L'actuelle région de Mopti fera place à trois régions : la région de Mopti, la région de Douentza et la région de Bandiagara. Le découpage de la région de Tombouctou se traduira par la création de la région de Tombouctou et la région de Taoudéni. Le découpage de l'actuelle région de Gao débouchera sur la région de Gao et la région de Ménaka. La région de Kidal sera maintenue dans sa configuration actuelle.
ATT a tenu à préciser que «ce processus de création de nouvelles régions, de nouveaux cercles et arrondissements sera conduit sereinement, sur une période de cinq ans, afin d'en maîtriser toutes les étapes ». De même, dira-t-il, «les prochaines élections, celles de 2012 seront organisées sur la base du découpage administratif et territorial actuellement en vigueur ».
En concluant son allocution de nouvel an 2011, le président de la République a souligné que «les défis actuels et ceux du futur ne seront relevés que si nous faisons entièrement nôtre la culture de l'excellence. En effet, le monde dans lequel nous nous trouvons est celui de la compétitivité. Si nous voulons y tenir notre rang, nous devons nous assurer de la qualité de nos ressources humaines, et tout particulièrement de celles qui demain prendront la relève».
Mais sur la lutte contre la corruption, le chômage des jeunes, les réformes politiques qu'il a initiées, et confié le travail à la Commission Daba Diawara, et la crise ivoirienne, le président ATT a laissé ses compatriotes sur leur faim. En faisant l'impasse totale sur ces sujets brûlants de l'actualité nationale et internationale, ATT ignore les préoccupations des Maliens.
Mamadou FOFANA