Un syndicat du crime demantélé,assassinat : 100.000 F CFA,
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Les demandeurs devraient s’adresser à un intermédiaire faisant office de secrétaire particulier et seul habilité à prendre rendez-vous avec lui. Lui, c’est DRI-BANDIT, maître Kun-Fung, ceinture noire et…, repris de justice. Son dernier contrat a porté sur l’assassinat du fils de la diva de la musique malienne Bako Dagnon avant que l’inspecteur principal de Police Papa Mambi Keïta surnommé l’Epervier du Mandé ne mette fin à sa carrière.
DRI-BANDIT ou DRINI-BANDIT était à la tête de ce qu’il convient de qualifier de Syndicat du crime depuis déjà plusieurs années. Il agissait sur commande et ses clients étaient pour la plupart, des filles généralement victimes de chagrin d’amour. Sadio Keïta était de celles-ci.
Elle voulait donner une leçon à Abdoulaye Dagnon, une leçon qu’il n’était pas prêt d’oublier. Elle n’a pas supporté que le père de son enfant de moins de deux ans, à savoir, le sieur Abdoulaye Dagnon, l’abandonne pour une autre fille du quartier à Torokorobougou. Elle décida donc de s’offrir les services de Drini-Bandit, un véritable professionnel dont les tarifs étaient connus de tous les clients : 100.000 F CFA pour l’élimination pure et simple d’un empêcheur de tourner en rond ; et 50.000 F CFA pour des blessures handicapantes à vie sur la victime.
Un intermédiaire faisant office de secrétaire particulier menait les négociations préliminaires. Et le client payait l’intégralité du montant du contrat avant l’opération. C’était la règle.
La demoiselle Sadio Keïta s’offrit donc les services de DRINI-BANDIT. Assassinat ou blessures handicapes à vie ? Là, divergent les versions. DRI-BANDIT jure la main sur le cœur que la cliente a demandé la première option. Faux, rétorque cette dernière. C’est plutôt la seconde qu’elle aurait souhaitée. Enfin, les enquêtes édifieront…
La victime découverte dans une mare de sang
Abdoulaye Dagnon, la prochaine victime du gang, ignorait bien entendu tout de ce marchandage funeste sur sa personne. On le découvrit quelques jours plus tard, baignant dans son propre sang, dans la nuit du lundi 14 au mardi 15 mars dernier aux environs de l’Hôtel Salam. Il avait encore un souffle de vie. Transporté vite à l’Hôpital Gabriel Touré, il succomba de ses blessures, 48 heures plus tard. L’ayant perdu de vue plusieurs jours, la famille décida de se mettre à sa recherche. C’est ainsi qu’elle a appris la triste nouvelle. Sa moto Jakarta et son téléphone portable ainsi qu’une importante somme d’argent et ses pièces d’identité qu’il portait sur lui avaient disparu.
C’est sa grand-mère, Bako Dagnon, en personne qui prit la décision de se rendre à la Brigade d’Investigations judicaires pour solliciter le concours de l’Inspecteur Principal de Police, Papa Mambi Keïta surnommé l’Epervier du Mandé. La victime n’ayant pas eu le temps de parler, ne portant sur lui aucune indication, il n’y avait donc pas d’indices susceptibles d’aider les enquêteurs. Qu’à cela ne tienne !
Le crime parfait n’existe pas
L’absence de pistes ne donnait, à priori aucune chance aux enquêteurs et annonçait par conséquent une impasse. Mais la nature du crime, le lieu et surtout les fréquentations de la victime permirent à l’Epervier du Mandé de se constituer un faisceau de d’indices. La fiancée fut donc considérée comme suspecte N° 1, du moins avant la découverte de l’existence de l’autre fille, mère de l’enfant de la victime. Les deux personnes furent donc mises sous surveillance physique et virtuelle accrue.
De l’autre côté, les investigations se poursuivaient sur les derniers faits et gestes de la victime. Un malin s’amusait à consulter la messagerie de son téléphone portable, mais s’abstenait cependant d’utiliser l’appareil pour les appels. La personne cherchait donc des messages susceptibles de l’intéresser personnellement. Qui pouvait donc être cet individu ? Forcément une personne ayant traité affaire avec la victime et soucieuse de connaître la nature de la communication qu’elle aurait eue avec une tierce. Autrement, il n’y avait aucune raison à vouloir écouter la messagerie d’un défunt.
Cette découverte permit aux enquêteurs de privilégier la piste Sadio Keïta, la mère de l’enfant. Interrogée, elle affirma n’être pas présente à Bamako au moment du crime. Et des témoins confirmèrent ses déclarations. Avait-elle amené son téléphone portable avec elle à Dakar, interrogèrent les enquêteurs ?
La réponse fut oui et… Patatras !
Il se trouvait que sa sœur avait passé des communications avec son téléphone portable depuis Bamako pendant qu’elle était pourtant censée être au Sénégal. Comment se faisait-il donc ? Harcelée de questions, elle finit par craquer et avoua tout. Avoir les aveux du commanditaire était une chose, mettre la main sur les auteurs était une autre.
Des policiers molestés
Ayant pris connaissance des méthodes de notre syndicat du crime, les enquêteurs élaborèrent donc leur piège en fonction. Une fille parvint à entrer en contact avec le secrétaire particulier et sollicita que DRINI-BANDIT donne une leçon mémorable à son salaud de fiancé qui l’a abandonnée. Marché conclu.
DRI exigea au préalable être payé intégralement et en espèce. Il demanda en outre que la cliente lui paye un casier de bière avant de passer à l’acte. La cliente accepta et ensemble, ils décidèrent de se rendre dans un bar de la place sis au quartier Lafiabougou. Les policiers avaient pris position bien avant au lieu indiqué. Le piège fonctionnait donc. Mais DRI est du genre vigilent. Un détail inapproprié, et il prit la poudre d’escampette. Commença une course-poursuite jusque sur les toits des maisons. Et il disparut !
Les policiers restèrent là perplexes ignorant où il avait fini sa chute. Ils décidèrent alors de ne pas bouger et d’attendre. Il ne devrait pas être loin. L’un d’entre eux avait cependant aperçu une silhouette furtive descendre du toit vers une maison habitée. Une équipe de deux personnes se rendit alors dans la concession occupée par une vieille femme. Apeurée, la malheureuse ne savait pas ce qui lui arrivait. Elle avait entendu des bruits sur son toit, probablement des chats, et craignait pour sa vieille maison. C’est avec plaisir qu’elle autorisa les policiers à lui débarrasser de ces bêtes indésirables néfastes. En fait de chat, c’était DRI. Son interpellation ne fut pas de la tarte.
Il parvint presque à assommer les deux policiers par des katas bien ajustés. Ce sont les cris de ceux-ci qui alertèrent les autres postés à l’angle de la rue. Même le renfort éprouva du mal à maîtriser l’énergumène. Le combat dura une vingtaine de minutes. Submergé par le nombre, il céda. Ouf ! Mais que de bastonnades ! Lors de la poursuite, le malfrat parvint à débarrasser d’un pistolet automatique qu’il portait sur lui. Le secrétaire particulier et autres membres du syndicat arrêtés.
L’enquête progressa très vite suite à l’arrestation de DRI. Il dénonça tous les autres complices dont le secrétaire particulier répondant au sobriquet de FREE (Fri). Les interrogatoires ont permis de reconstituer les faits ou presque.
Après avoir conclu le marché avec Sadio Keïta, ils ont d’abord commencé à filer la victime. Ils étaient au moins quatre dans le coup et sur motos Jakarta. Ils sont parvenus à le renverser, puis à le transporter derrière l’Hôtel Salam loin des regards indiscrets. C’est là que son corps fut découvert, inerte.
La question encore en suspense est la suivante : la « commande » était-elle l’assassinat ou les blessures handicapantes à vie ? DRI soutient que c’était bien la première option. Sadio nie et indique, pour sa défense, avoir remis 20.000 F CFA et non 50 à fortiori 100.000 F CFA, prix initial de l’élimination physique. Les enquêtes se poursuivent.
L’on se rend compte, en tout état de cause, que cette nouvelle espèce de malfrats n’a aucune considération pour la vie humaine. Leur comportement relance assurément le débat sur la suppression de la peine de mort dans notre pays?
B.S. Diarra