Francophonie : Vernis cosmétique ou démocratie de l'âne et du maître ?
En attendant le prochain sommet de Kinshasa (RDC) en 2012, la Francophonie devra convaincre de la viabilité de sa mutation permettant ainsi d'enterrer la Francophonie vernis cosmétique, pour faire de ce regroupement une véritable force de proposition et d'action à l'échelle planétaire. C'est en tout cas la quintessence des résolutions adoptées à l'issue de la rencontre de Montreux en Suisse à laquelle les 70 pays de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) ont pris part, le weekend dernier.
En effet, avec neuf résolutions et une déclaration finale, l'OIF affiche sa ferme volonté de devenir un acteur majeur sur la scène internationale. La Francophonie est morte, vive la francophonie ! Pourrait-on dire pour magnifier le changement de cap, tel qu'il est stipulé dans la déclaration de Montreux : "Nous appelons à une réforme de la gouvernance économique mondiale par le renforcement de la coopération et de la complémentarité entre l'Organisation des Nations Unies, cœur de la gouvernance mondiale, et les enceintes économiques, dont le G20 ".
Sarkozy, s'est fait l'avocat de l'Afrique (au moins pour une fois) en exigeant une plus grande représentativité du continent au Conseil de sécurité des Nations-Unies. Une vieille revendication prise en compte depuis quelques années par l'Union Africaine. En plus, le président français a sollicité le soutien des pays francophones pour obtenir une réforme du système monétaire international et moins de volatilité sur les marchés des matières premières, deux des priorités de sa future présidence du G20.
Ce discours taillé sur mesure est la preuve que la France est amenée aujourd'hui à faire la cour à l'Afrique qui constitue, à elle seule, les 9/10ème de la Francophonie. En effet, selon le rapport de l'Organisation Internationale de la Francophonie intitulé " La langue française dans le monde ", rendu public à la veille du Sommet de Montreux, l'expansion de la langue française n'est possible que grâce à l'Afrique, le français ayant régressé en Europe et dans les institutions internationales.
Mais ces chiffres constituent un vrai leurre, à cause de la démographie de l'Afrique subsaharienne. Est-ce que tout le monde en Afrique subsaharienne se sent vraiment francophone ? Seule une infime partie de la population maîtrise cette langue. D'ailleurs, de plus en plus, dans cette partie de l'Afrique, on se détourne de la France et du Canada, principales puissances de l'espace francophone. Cela est dû à un problème de mobilité dans l'espace francophone, suite aux difficultés d'entrée dans ces deux pays. Les étudiants francophones se voient obligés de fréquenter des universités et instituts anglo-saxons. Même l'idée du passeport francophone, agitée les années passées, a été vite rangée dans le placard.
Rappelons aussi que la France n'a pas laissé à ses colonies un terreau fertile au développement de la francophonie, contrairement à ce que l'Angleterre a fait pour ses anciennes colonies réunies au sein du Commonwealth. En effet, en 1948, dans l'Afrique noire française, il n'y avait aucun pôle de développement construit par le colonisateur. L'infrastructure routière était ridicule. Par exemple, dans l'AOF, durant cette année 1948, il n'y avait dans cet ensemble de pays que 115 km de routes bitumées et 3774 km de chemin de fer. A la même période, on retrouvait le triple de cette distance dans l'Afrique de l'ouest britannique. Autant de raisons qui font qu'au moment du Cinquantenaire des indépendances africaines, une prise de conscience pousse les populations des différents Etats concernés à ne pas faire trop attention à la francophonie. Pourquoi ne pas tendre la main à la Chine, à l'Inde, au Brésil, etc. qui offrent des facilités de développement?
En demandant au président Amadou Toumani Touré du Mali de présenter le thème "La Francophonie, un acteur sur la scène internationale et gouvernance mondiale" lors du Sommet de Montreux, l'OIF a appelé les pays membres à une introspection profonde, pour permettre à la francophonie de se positionner dans la géopolitique mondiale. Montreux n'aura donc été que le sommet de la reconnaissance d'une nécessaire politisation de l'OIF.
Mais peut-on vraiment compter sur des dictateurs et présidents à vie, déclarés ou de fait, pour reformer la gouvernance mondiale? Peut-on faire foi à la francophonie quand la France et le Canada se barricadent derrière leurs frontières ? Peut-on se considérer francophone lorsque la France veut nettoyer au karcher les immigrés (qui sont en grande partie des Africains) vivant sur son territoire ? Il ne faudrait pas que la francophonie soit encore un simple vernis cosmétique ou tout simplement la démocratie de l'âne et du maître.
Amadou BAMBA NIANG de l'Independant