Insécurité et terrorisme : De nouvelles menaces sur le Sahel ?
| ||||
L’attentat contre le consulat de France au Mali et l’enlèvement et la mort tragique de deux Français au Niger pourraient ne pas être deux actes isolés et sans rapport. Ils pourraient non plus ne pas être du fait d’AQMI sur laquelle se focalisent actuellement tous les regards. Dans lequel cas, il faut croire une nouvelle menace pour le Sahel.
Mercredi, 05 janvier 2011, un jeune homme, selon lui, nommé Béchir Sennoun, âgé de 24 ans et de nationalité tunisienne a mis en émoi la ville de Bamako, principalement les forces de l’ordre et de sécurité. Il venait de s’attaquer, selon plusieurs témoignages, à coup de grenade, de pistolet automatique et d’une bonbonne de gaz, au portail de la chancellerie de la République française au Mali. Il y a eu plusieurs blessés. Ceux-ci n’étant ni visés ni ciblés, on peut déduire qu’ils ont été blessés accidentellement. Selon les mêmes témoignages, qui soutiennent une version complètement différente de celle des autorités, le jeune homme a été maîtrisé par des passants, et non par les agents de la sécurité.
Mais cela n’est pas l’objet de ce propos. Toujours est-il que, c’est au cours d’interrogatoires menés par la police malienne et les services spéciaux français qu’il aurait avoué ses origines et âge. Par la même occasion, il aurait affirmé avoir été entraîné dans les confins du Sahara, dans une base d’une cellule d’Al Qaïda pour le Maghreb islamique (AQMI). Toujours aux dires des mêmes sources, le présumé terroriste tunisien avait à cœur de prouver aux yeux et aux oreilles de ses entraineurs qu’il pouvait mener tout seul une action terroriste. Ses aveux ont laissé sceptiques plus d’un, à commencer par ses interrogateurs dont beaucoup sont rompus aux contacts avec des activistes.
D’où ces questions : comment ce présumé terroriste tunisien a-t-il pu atterrir dans un obscur hôtel, fut-il situé en plein centre-ville et non loin de l’ambassade de France ? Avait-il des contacts ? Si oui, qui sont-ils ? Avait-il un officier traitant ? Si oui, qui est-il ? Comment a-t-il fait pour traverser tout le pays et la capitale avec un pareil arsenal ? Le pistolet automatique, la grenade et la bonbonne de gaz constituaient-ils son seul arsenal ? Mais surtout, pourquoi ce lieu, l’ambassade de France, et l’heure, un moment où l’endroit est quasi-désertique ?
Pendant que les enquêteurs peinaient à trouver des réponses satisfaisantes à ces questions, deux jours plus tard, à près de 2000 kilomètres de là, plus précisément à Niamey, deux Français, Antoine De Léocur et Vincent Delory, étaient enlevés d’un bar de la capitale nigérienne par des inconnus.
Après une course poursuite engagée entre les ravisseurs et leurs otages, d’une part, et l’armée nigérienne appuyée par des militaires français, d’autre part, des morts sont déplorés de part et d’autre. Parmi lesquels les deux otages français. Là encore, des zones d’ombre demeurent : comment les assaillants ont fait pour entrer en ville avec un arsenal aussi important et en sortir de même sans être inquiétés par les nombreux contrôles aux entrées de la ville ? Bénéficiaient-ils de complicité locale ? Sont-ils les auteurs de la mort des otages ?
Au-delà de ces questions qui procèdent de la routine policière, il conviendrait de prendre en compte certaines considérations.
Ces deux actions se sont déroulées dans les deux pays sahéliens que les terroristes affectionnent le plus, l’un pour des actes spectaculaires, tels que des prises d’otages, l’autre comme base arrière et lieu de séquestration. Aujourd’hui encore, cinq Français, un Togolais et un Malgache sont retenus prisonniers par AQMI (l’acte a été revendiqué), probablement dans le nord du Mali. Toutefois, depuis le début du millénaire que dure la menace de la nébuleuse Al Qaïda dans le Sahel, les actions ont toujours été circonscrites dans les régions nord de ces deux pays. Pour la première fois, en l’espace de quelques heures, leurs deux capitales sont prises pour cibles. Que voulaient démontrer ces jeunes activistes ? Que les capitales désormais ne sont plus hors de danger ?
Généraliser la psychose qui a déjà prise dans les régions du nord ?
Si c’est effectivement AQMI qui est à la base de ces deux actions spectaculaires, il faut croire en effet qu’il n’y a plus de sanctuaire pour personne et que Bamako et Niamey, tout comme d’autres grandes localités sont autant vulnérables que Tombouctou (où un officier supérieur de l’armée malienne a été abattu) et Arlit (où ont été enlevés les travailleurs d’Arena). Dès lors, il s’agit pour ces deux pays de revoir leur système de défense et de sécurité.
Cependant, une autre piste est à explorer. AQMI pourrait avoir entrainé, formé et lâché dans la nature plusieurs jeunes combattants qui pourraient se révéler potentiellement dangereux, en essayant de faire plus et mieux que leurs prédécesseurs. D’où le choix étonnant des deux capitales. A Bamako, le présumé Tunisien Béchir Sennoun aurait affirmé être passé dans les camps d’entrainement d’AQMI avant de subir une formation «islamiste» au Sénégal. En plus, de son propre aveu, il avait à cœur de prouver quelque chose, logiquement à ceux qui l’avaient exclu. Enfin, son arsenal et son modus operandi sont loin de répondre aux normes connues, jusque là, d’Al Qaïda. A Niamey, que les otages soient tués par leurs ravisseurs jure également avec les habitudes des hommes de main de Ben Laden. Lesquels n’ont pas l’habitude de tuer des otages qui constituent pour eux les seules monnaies d’échange en leur possession et des sources de revenus appréciables pour la poursuite de leur jihad.
Il n’est même pas sûr qu’il s’agisse de sous-traitants d’AQMI, lesquels sont généralement recrutés parmi les populations locales et sont au fait des us et coutumes de leurs commanditaires. D’où cette crainte que la focalisation sur AQMI éclipse quelque peu : la prolifération de mercenaires indépendants qui s’activent et cherchent à vendre leurs faits d’armes.
Cheick Tandina