Affaire du cargo de la drogue découvert calciné à Tarkint : La France apporte sa «protection consulaire»
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La France a décidé d'apporter sa protection consulaire à son ressortissant, Eric Vernay, interpellé mardi 8 mars pour son implication comme cerveau présumé dans l'affaire du cargo transportant de la drogue retrouvé calciné en octobre-novembre 2009 près de Tarkint dans le cercle de Bourem (région de Gao). C'est ce qu'a déclaré, jeudi 10 mars, à Paris, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero, rapporté par une dépêche de l'Agence PANA. Pendant ce temps, les investigations dans ce dossier ont permis d'établir, en plus de la complicité de l'Agence Go-Voyages-Mali dont le patron, notre compatriote Ben Hako, est activement recherché, des complicités au sein de l'Agence Nationale de l'Aviation Civile (ANAC).
Interpellé dans l'après-midi du mardi 8 mars dernier, près de son domicile sis à Torokorobougou, en commune V du district de Bamako par la Sécurité d'Etat et remis à Interpol-Mali, le cerveau présumé de cette affaire de trafic international de drogue, le Français Eric Vernay, a été déféré à la prison centrale de Bamako le lendemain mercredi. Mais, très tôt la " diplomatie protectrice " de son pays s'est mise en branle. S'exprimant lors d'un point de presse, le porte-parole du Quai D’Orsay, Bernard Valero a indiqué jeudi à Paris que "le dossier d'Eric Vernay, qui réside depuis plusieurs années au Mali, était suivi par le consulat de France à Bamako dans le cadre de l'exercice normal de la protection consulaire ". Le contenu de cette protection consulaire ferait actuellement l'objet de discussions de haut niveau entre les autorités françaises et maliennes.
Rappelons que la compagnie Africa Air Assistance (AAA)avec laquelle M Vernay a collaboré pour débarquer le cargo incriminé et son contenu au Mali, était basée au Sénégal. Spécialisée dans la maintenance et le transport aérien, elle a été interdite d'exercice par les autorités aéroportuaires de ce pays pour cause de mauvaises prestations et d'activités illégales dont le trafic de drogue.
Malgré cette interdiction des autorités sénégalaises, les avions d'AAA continuent à opérer au Mali pour le compte de l'agence Go-Voyages-Mali, sans surveillance particulière des autorités aéroportuaires. Ainsi, trois des cinq appareils d'AAA, notamment le J5-GTQ, le J5-GAS et le J5-GCU ont été frauduleusement exploités au Mali au compte de Go-Voyages-Mali en lien avec le Français Eric Vernay, sous le regard complice de l'ANAC (Agence Nationale de l'Aviation Civile). C’est le J5-GTQ, Beechcraft appartenant à AAA et opérant au compte d'Eric Vernay en association avec Go-Voyages-Mali, qui avait irrégulièrement atterri à l'Aéroport de Bamako-Sénou le 6 Septembre 2009 avant d'être immobilisé par la Gendarmerie pour «fausse déclaration d'itinéraire».
De tous ces constats découlent les observations suivantes. La compagnie AAA, interdite à juste titre par les autorités sénégalaises, est une compagnie plongée dans le trafic de drogue en lien avec les cartels colombiens. L'arrivée à l'Aéroport de Bamako-Sénou entre Octobre et Novembre des J5-GTQ, J5-GCU et J5-GAS, s'inscrivait dans le cadre d'une vaste opération logistique portant sur le transport d'importantes quantités de drogue.
Tout porte à croire que le chargement contenu dans le Boeing 727 J5-GCU devait être réembarqué dans les deux petits avions J5-GTQ et le J5-GAS pour la suite de l'acheminement discret. Pour les besoins de cette opération, la compagnie AAA a eu recours aux complicités locales dont celle du Français Eric Vernay et celle de Go-Voyages-Mali qui, à leur tour, ont eu sans nul doute recours à des complicités à l'ANAC, sans lesquelles rien de tout cela n'aurait été possible.
Des sources sécuritaires concordantes indiquent que «l'ANAC, sinon au moins certains cadres de cette agence ont sciemment toléré les activités d'AAA au Mali, en dépit des nombreuses irrégularités relevées par leurs services. En tant que technicien, au regard des multiples irrégularités constatées dans les activités de AAA, cette compagnie aurait dû être purement et simplement interdite de toute activité au Mali».
La participation active de l'Agence Go-Voyages-Mali dans cette affaire est plus que avérée car en tant qu’gence spécialisée, elle n'aurait pu fournir, sans connaissance de cause, sa caution aux activités d'une compagnie dont la mauvaise réputation était connue de tous.
Pour ce qui est du Français Eric Vernay, dont le nom revient à chaque phase de cette enquête, il nous est revenu qu'il est le principal contact en charge de couvrir les activités mafieuses de la compagnie AAA, quitte à fournir de faux documents aux autorités aéroportuaires du Mali.
Face à la méfiance développée par d'autres acteurs du milieu de l'aviation légère à l'égard des appareils immatriculés en Guinée-Bissau, le nommé Eric Vernay a fait venir, depuis plusieurs semaines, un petit avion privé de type Piper, immatriculé en France F-BUVZ.
Cet avion, qui est actuellement maintenu à côté du J5-GAS au parking de l'aviation légère de l'Aéroport de Bamako-Senou, pourrait être utilisé par Eric Vernay pour les mêmes fins de trafic de drogue au vu et au su de tous les acteurs du milieu de l'aviation civile.
Signalons que, malgré toutes ces irrégularités relevées dans les activités de AAA et de ses complices, ces derniers n'ont jamais été concernés par une quelconque interpellation. C'est pourquoi il est urgent que les autorités du département de l'Equipement et des Transports instruisent à l'ANAC d'engager des poursuites judiciaires à l'encontre de AAA, GO-Voyages-Mali et Eric Vernay. Les responsables de l’ANAC doivent aussi mener des enquêtes en leur sein afin de mettrre la main sur les cadres mouillés dans cette affaire.
Aussi, des dispositions idoines doivent être prises pour réglementer les activités de l'aviation légère au Mali.
Bruno D SEGBEDJI